Le cancer a transformé ma vie

by Wissal FARIS 0

L’amour est censé être plus fort que tout. Mais quand la tragédie frappe, certains couples ne s’en sortent pas indemnes. C’est le cas de Nadia qui a vu son mariage se désagréger suite à son cancer du sein. Elle nous raconte comment la relation avec son mari a succombé à la douleur, au chagrin et au désespoir. Elle nous parle surtout de vie, d’espoir et d’avenir.

 

 

Le jour où Mehdi m’a demandé en mariage est gravé à jamais dans ma mémoire, tout comme notre mariage puis la naissance de nos deux petites filles. Nous avons été mariés pendant sept ans et bien sûr, il y a eu des hauts et des bas mais je nous considérais comme un couple solide, capable d’affronter les difficultés. C’était avant que le cancer ne fasse son apparition et gangrène peu à peu notre famille. Et pour cela, il faut revenir au 5ème jour qui compte le plus dans ma vie.

Le début de la descente aux enfers
J’avais alors 33 ans, je me croyais en bonne santé car je n’était presque jamais malade. Jusqu’à une nuit où, dans mon lit, j’ai senti une boule dans ma poitrine. Dès le lendemain, j’ai appelé mon gynécologue. Il m’a reçue le jour même et a confirmé mes craintes: la boule saillait sous la peau de façon alarmante. J’ai fait plusieurs tests et, après quelques jours, j’ai eu le diagnostic: cancer du sein. J’étais en panique totale, je pensais à mes enfants, à ce qui allait leur arriver si je ne survivais pas au cancer… J’ai fondu en larmes. Mon mari, lui, est resté très calme. Il a tout de suite dit: «Ensemble, on va s’en sortir.» Il ne m’a pas aidée dans les tâches ménagères certes, mais il a été un énorme soutien moral. Il était ma bouée de sauvetage. En effet, à l’annonce du verdict, je me suis dé-socialisée, déclinant toutes les invitations à sortir de mes copines. Je préférais rester seule à la maison afin de profiter au maximum de mes enfants. Et le soir, lorsque Mehdi rentrait, je n’avais d’yeux que pour lui. Je m’autorisais à lui parler ouvertement de mes peurs, de mes états d’âme.
Deux semaines après le diagnostic, je suis passée sous le bistouri. A priori, on devait juste m’enlever la tumeur. Mais peu de temps avant l’opération, le chirurgien a changé d’avis… Il ne voulait pas prendre de risque, il a préféré l’ablation totale. J’étais complètement perdue, je n’avais pas eu le temps de me préparer. Je pensais qu’après la chirurgie, je ne pourrais plus me considérer comme une femme et que je serais dégoûtée par ma propre apparence… Mais mon mari a insisté, m’a convaincue d’accepter cette amputation. C’est en pleurant que je suis partie à l’anesthésie. Après l’opération, j’ai été soulagée de ne plus avoir la tumeur, mais terrorisée à l’idée d’affronter mon corps mutilé. J’avais perdu ma féminité et je me sentais incroyablement fragilisée. Une fois rentrée chez moi, j’ai fait du mieux que j’ai pu pour reprendre le cours de ma vie. Mais l’incertitude sur mon état et mon corps meurtri me poussait à me refermer sur moi-même. Mon mari rentrait de plus en plus tard du travail et disait qu’il était très occupé. Mais quand il est rentré ivre, un soir, et que j’ai trouvé des traces de maquillage sur sa chemise, je me suis mise à enquêter. Il ne m’a fallu que quelques coups de fils pour découvrir qu’après le travail, il allait souvent passer des soirées avec des amis et que celles-ci se terminaient régulièrement en boîte de nuit.

Un corps mutilé, un cœur au bord du gouffre
Je l’ai immédiatement confronté avec ce que j’avais découvert mais il a nié avec véhémence. Pourtant il faut reconnaître que notre vie sexuelle n’était pas au beau fixe : mon mari se dérobait souvent. J’avoue que ça ne me posait pas nécessairement de problème… Jusqu’à ce que je trouve, dans sa voiture, une boîte de viagra. Tout à coup, j’ai eu l’impression d’être un vrai monstre, une sorte de demi-femme qui ne parvenait même plus à plaire à son propre mari… Une chirurgie reconstructrice coûte cher mais mon médecin et mes amies m’ont encouragé à le faire. En sollicitant l’aide de ma famille, j’ai finalement obtenu les moyens de programmer ma reconstruction mammaire. J’espérais que cette opération me permettrait de reconquérir mon mari. Je me trompais, il aurait fallu bien plus qu’un nouveau sein pour sauver notre mariage. J’ai appris, par une connaissance commune, qu’il s’était inscrit sur un site de rencontres… en se décrivant comme un homme divorcé avec deux enfants. Alors que nous étions encore mariés à l’époque et qu’il ne me disait rien… D’un seul coup, j’ai eu l’impression que toute ma famille se désagrégeait, c’était horrible. En quelques semaines, j’ai perdu 12 kilos, je n’étais plus que l’ombre de moi-même. Au fond de moi, j’espérais qu’il éprouve du remords… Trois mois plus tard, je suis allée me faire opérer: en tant que femme, j’attendais ce moment avec impatience. Mais la joie que cette opération m’a procurée a vite été éclipsée par mes problèmes conjugaux.

La fin d’un mariage
À la clinique, il n’est venu me rendre visite qu’une seule fois. Quand je suis rentrée de l’hôpital, la maison ressemblait à une décharge, et lui n’y était pas. Heureusement, les enfants étaient chez leurs grands-parents et une amie m’a aidée à ranger la maison. Quelques jours plus tard, il est revenu prendre ses affaires et il est parti pour de bon. Pendant un temps, j’ai caressé l’espoir qu’il revienne. Il n’a jamais clairement dit qu’il m’avait quittée parce que je n’étais plus une vraie femme après ma mastectomie, il m’a juste dit que moi et les enfants étions devenus trop lourds à gérer pour lui. Je connais la vraie raison… même s’il préfère avancer une autre explication à ses proches. Mon père est même allé voir mon beau-père mais ce dernier est resté très silencieux, préférant respecter la décision de son fils, ajoutant que notre couple était déjà malade bien avant que le cancer ne se déclare. C’est vrai que quelques mois avant que le diagnostic ne tombe, j’étais devenue triste et un peu morose. Je n’étais pas très enthousiaste à l’idée d’avoir des rapports sexuels avec mon mari car j’étais fatiguée. Mais n’était-ce pas des signes avant-coureurs de la maladie qui me rongeait? Il a aussi évoqué le fait que rien n’allait plus entre nous, que je ne m’intéressais plus à lui, que je n’étais plus «affectueuse» mais égoïste et comme enfermée dans la bulle. Lorsque mon père m’a rapporté ces paroles, j’ai cru rêver. J’ai un cancer et je devrais le chouchouter! J’étais très en colère. J’ai aussi réalisé qu’il n’avait pas de cœur, et sa famille non plus. Il n’est pas celui que je croyais. Avais-je vraiment envie de me battre pour récupérer un tel homme? Avais-je vraiment envie de vivre avec un homme que je ne respectais plus et qui ne correspondait pas à mes valeurs humaines?
A cette époque, j’ai aussi pris conscience que j’avais une chance extraordinaire. J’étais entourée de gens formidables. Mes parents ont fait bloc avec moi et mes amies m’ont petit à petit regonflée le moral avec leur énergie positive et leur humour. L’une d’entre elles m’a montré une étude parue dans la revue américaine Cancer, selon laquelle une femme est six fois plus susceptible qu’un homme de vivre une séparation après le diagnostic d’un cancer (le taux de séparation est de 20% pour les femmes malades, contre 3% pour les hommes).

L’avenir est devant moi
Aujourd’hui, deux ans plus tard, nous sortons d’un divorce difficile, mais j’ai repris ma vie en mains. J’ai à nouveau un travail. Je me suis aussi reconstruite une vie sociale, un peu timide certes, mais une vie sociale basée sur des amies formidables. Mes filles sont aussi d’un très grand secours. Autour de moi, je parle désormais ouvertement de mon cancer du sein qui est en phase de rémission, le médecin ne parle pas encore de guérison mais il est très optimiste. Je milite aussi activement pour que les femmes se fassent régulièrement dépister. Le cancer ne m’a pas brisée, il m’a ouvert les yeux sur un mari qui n’était pas un vrai compagnon de vie. Aujourd’hui, je croque chaque jour comme un cadeau. La vie est précieuse et l’avenir est devant moi. Et j’ai décidé d’en profiter au maximum!

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