La différence : et si tolérer ne suffisait pas

by Wissal FARIS 0

L’homme est un être social certes, mais son premier réflexe est toujours de se méfier de l’autre, de l’inconnu, de celui qui est différent. Autre classe sociale, autre culture, autre couleur de peau, autre physiquement,… la liste des différences est longue, infinie sans doute.

 

 

Un monde toujours plus petit
Parler d’un «gros village» afin d’évoquer notre monde d’aujourd’hui et, entre autres, l’interdépendance entre les peuples, l’accroissement spectaculaires des communications internationales ainsi que la convergence d’aspirations des hommes et des femmes où qu’ils vivent est un lieu commun, une réalité quasi accomplie.
Dans le Haut Atlas, bien installée dans sa maison accrochée à la montagne, une maman peut communiquer via son ordinateur ou son smartphone avec sa fille étudiant en Allemagne. Elle peut ensuite s’occuper de son bétail puis confectionner un pain dans un four traditionnel d’une maison d’hôtes en offrant aux touristes une image extérieure qui semble rapportée directement du siècle dernier, alors qu’elle rêve d’un appartement avec tout le confort moderne que l’on voit dans les séries américaines dont elle est accro,… tout comme les Françaises qui la photographient!

Des «autres» qui se rencontrent toujours plus
Ainsi, dans un imaginaire porté par la technique et une économie que l’on dit de plus en plus mondialisée, l’univers des êtres humains rapetisse et tous les contrastes se croisent, se métissent et s’entrechoquent davantage.
Dans ce contexte, s’ouvrir à l’autre et à sa différence, en plus d’être une voie royale pour la connaissance de soi-même, devient pratiquement un devoir de citoyen. Particulièrement dans un endroit comme le Maroc, qui a été de tout temps un lieu de passage, un «hub» comme on aime à le dire aujourd’hui, entre les habitants de l’Afrique, de l’Europe et du Moyen-Orient. Et ces croisements, ces rencontres, ces métissages sont amenés à se multiplier. C’est irrémédiable, notre monde globalisé facilite la mobilité. On se déplace de plus en plus aisément pour étudier, prendre des vacances, travailler ou même vivre ailleurs, pour une durée déterminée ou jusqu’à ce que nous ayons envie de voir ce qui se passe plus loin -! A cette mobilité croissante, s’ajoutent, ces dernières années, les guerres et les difficultés économiques qui ont poussé des millions d’individus et de familles désespérées à traverser les continents à la recherche d’un ailleurs plus clément. On l’oublie parfois mais ils apportent avec eux leurs talents, leurs compétences, leur envie de se battre pour s’intégrer mais… ils font peur. On ne voit que leur détresse, leur dénuement et on craint pour notre propre confort. La montée des extrémismes est à ce point significative.

Tolérer….
Aborder de front cette réalité qu’est l’obligation d’apprendre à composer positivement avec la différence culturelle croissante de notre société, c’est accepter l’effort obligé d’un changement radical, individuel et collectif, c’est être à même de voir la différence de l’autre comme un trésor du bien commun plutôt qu’un «problème» pour lequel il faut légiférer ou comme une différence qu’il faut tolérer.
Arrêtons-nous un moment sur ce mot tolérance, qui semble parfois la solution pour apaiser les conflits. Tolérer, c’est supporter quelque chose qu’on n’apprécie pas.
Cela peut être la porte ouverte à la multiplication des incompréhensions, la soupape qui empêche, un temps mais un temps seulement, les oppositions et les rancoeurs à s’exprimer au grand jour.

…ou écouter et accepter
Le droit à la différence et la tolérance, malgré leur nécessité fondamentale, ne constituent donc pas des solutions durables. Seul le dialogue, la découverte et la compréhension de l’autre sont des fins en soi. Partager amicalement sa différence avec l’autre, lorsqu’en retour il fait découvrir ses visions propres, enrichissent les deux parties, et cela, sans que personne ne s’appauvrisse.
Mais au préalable, il faut quitter progressivement les limites de la tolérance et passer à l’acceptation, l’accueil et l’appréciation des différences. Quitter le point de vue de ceux qui savent avec raison parce que leur environnement est techniquement plus développé. Admettre modestement les limites de son humanité, inconcevable sans la différence de l’autre, que ce soit celle de ses gènes ou de ses idées.

Les crispations identitaires sont-elles inévitables? Non, absolument non. Il faut accepter d’être curieux de l’autre, de faire un pas vers lui. Bon à garder en tête : on en sort toujours gagnant!

Accepter la différence, cela s’apprend!
Nous pouvons tous, à un moment ou à un autre, nous retrouver dans une position inconfortable alors que notre enfant dévisage ou pointe du doigt un individu différent. Une femme trisomique ou un homme de couleur noir croisé dans la rue, un petit garçon de sa classe avec quelques kilos en trop,… Comment enseigner à nos enfants la tolérance et le respect de la différence?

 

Les contacts volontaires induisent généralement des ajustements culturels progressifs et mutuellement enrichissants tandis qu’à l’inverse, lorsque le changement culturel est imposé, il peut aboutir à une véritable déstructuration de la culture d’origine.

L’apprentissage par l’exemple
L’apprentissage de la tolérance se fait en bas âge et se poursuit tout au long de la vie. Pour qu’un enfant soit tolérant, il doit vivre dans un environnement à cette image. Les parents ont un rôle prépondérant à jouer dans cet enseignement, tout comme le milieu de garde et le milieu scolaire. En tant que parent, il faut se questionner sur sa propre façon d’agir. Un simple regard ou un commentaire à voix basse ne passe pas inaperçu, et transmet jugements et préjugés. Soyons honnêtes, nous portons tous certaines idées préconçues. Il faut toutefois en être conscient et être capable de les démystifier au moment opportun.

La tolérance à travers la connaissance
Même si l’enfant grandit dans un environnement ouvert et sans jugement (ou presque!), il ne faut pas tenir pour acquis qu’il aura toujours un comportement adéquat. Les enfants, comme les adultes, remarquent les différences de ceux qui l’entourent. Ne niez surtout pas ces questionnements et ne tentez pas de détourner le regard de votre enfant lorsqu’il les remarque. Les jugements découlent justement de l’incompréhension. Il faut par conséquent accompagner son enfant afin qu’il trouve des réponses à ses questions, soit en allant vers cette personne, soit en consultant des sources fiables, sur Internet ou dans des livres, par exemple. Et si votre enfant a eu un comportement que vous estimez inapproprié, plutôt que de sévir, discutez avec lui, essayez de comprendre l’origine de son acte. Vous pouvez également faire ressortir vos propres différences et les siennes. Il réalisera que nos particularités constituent aussi une force ou un avantage, et que, surtout, nous en sommes rarement responsables.

Le handicapé, cet autre qui fait peur
A l’école, dans la rue, dans la famille… chacun d’entre nous a un jour eu l’occasion de croiser ou de rencontrer une personne porteuse d’un handicap. Pourquoi est-on souvent pris par un sentiment de gène? Comment réagir face à ce malaise?

 

Rappelons-nous et rappelons à nos enfants que nous sommes tous différents, et c’est ce qui fait la beauté du monde!

Une différence difficile à aborder
La différence fait peur parce qu’elle représente ce qu’on ne connaît pas. D’une manière générale, notre premier réflexe est donc, bien souvent, de la rejeter, pour éviter de s’y confronter. Avec le handicap, s’ajoute un autre réflexe, celui de penser à la souffrance, réelle ou non, de celui qui dans cette situation. Du coup, une question nous assaille : Comment agir face à lui? Etre gentil et compatissant, au risque de trop insister sur son handicap et le mettre «à part»… ou bien faire «comme si de rien n’était» au risque de ne pas reconnaître ce qu’il est. Il est important de comprendre ce que l’on ressent… cela aide à avancer!

 

Et si cela ne faisait pas de différence
Une femme ou un homme handicapé vit avec son handicap, certes, mais il n’est pas que son handicap. Il vit les mêmes choses que nous, a certainement les mêmes envies, les mêmes besoins et les mêmes peines. Si nous avons, dans notre entourage, un handicapé, est-on condamné à être différent? Certainement pas. C’est en échangeant que peu à peu la peur de la différence et la gène s’estomperont, que chacun deviendra spontané et apprendre à «faire avec» son handicap comme lui-même a appris à le faire.  Une belle occasion aussi d’en apprendre sur soi-même!

Quand les handicapés sont visibles dans les médias
Vestiaires
Qui aurait cru que cette mini-série qui aborde avec un humour cash, mais jamais trash, la vie des handicapés, aurait été suivie par 1,7 million de personnes! Diffusée tous les jours sur la chaîne France 2 en entrée de soirée, elle en est à sa 7ème saison.

 

Et la pub aussi!
Aux Etats-Unis, Lucas, un bébé trisomique, est le nouveau visage d’un des leaders des produits pour la petite enfance. Important à noter : les décideurs de la marque ne cherchaient pas un handicapé, ils ont tout simplement adoré son sourire!

Et bien sûr le cultissime Intouchables
Ce film bourré d’humour et de tendresse où deux «handicapés de la vie», intouchables dans le sens des castes indiennes, font peur aux autres par leurs différences respectives, vont être liés par une amitié peu commune.

 

A lire
Dans la collection «Mes P’tits Docs», vous trouverez le livre «Le handicap» alors que «Panique chez les suricates» s’attarde aux amitiés improbables. Du côté du roman jeunesse, «La société secrète» lève le voile sur l’embonpoint et «Le coup de la girafe» traite des troubles proches de l’autisme.

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