Enseignants/enfants, comment retrouver l’apaisement?

by Wissal FARIS 0

Durant près de deux générations, la violence à l’école venait des enseignants qui malmenaient les élèves. La société, corps enseignants et parents, ne la condamnait que timidement, la jugeant parfois «bénéfique pour la bonne éducation des enfants». Les mentalités ont commencé à changer et aujourd’hui, 102 pays à travers le monde interdisent les châtiments corporels au sein des établissements scolaires. Cette interdiction n’est pas toujours appliquée comme le montrent des vidéos régulièrement diffusées sur les réseaux sociaux, la dernière ayant fait le buzz au Maroc ne datant que de mai dernier.

 

 

 

Une nouvelle forme de violence
S’est ajoutée, depuis quelques années seulement, une nouvelle violence, celle des étudiants vis-à-vis de leurs enseignants (on rappellera ici cet élève du lycée Sidi Daoud de Ouarzazate qui se bat violemment avec son professeur le 5 novembre dernier sur une autre vidéo largement diffusée sur le web). Très médiatisée, cette vidéo a d’ailleurs eu le mérite de faire sortir de l’ombre ce phénomène, certes pas tout à fait nouveau mais dont la recrudescence et la banalisation choquent la société. Ainsi, les 8 et 9 novembre dernier, les syndicats d’enseignants étaient en grève afin d’en appeler à «la dignité du corps enseignant», et le ministère de l’éducation nationale demandait «une mobilisation sociétale globale» en vue de renforcer les efforts visant la lutte contre toutes formes de violence qui «vont à l’encontre des valeurs de l’école marocaine et qui portent atteinte à sa réputation».

Un signe du malaise et du relâchement des règles socio-culturelles
La violence envers les enseignants témoigne d’un profond changement de statut de l’enseignant. Fini en effet, les jours de notre enfance où l’on se levait avec respect lorsque le professeur, élégamment habillé, entrait en classe et que l’on attendait son autorisation pour s’asseoir et écouter religieusement son cours et s’enrichir de ses connaissances. Aujourd’hui, l’image qui a cours est celle d’un enseignant plus ou moins bien fagoté et la mine défaite qui fait son entrée dans un brouhaha à la limite du supportable. Egalement révolu, le temps où parents et enseignants se soutenaient les uns, les autres afin de maintenir fermement les cordons de la discipline. Tenus pour responsables de tous les maux, parfois bien seuls face à des parents démissionnaires, ou pire cherchant à excuser la violence de leur enfant, les enseignants se sentent souvent rejetés par la société. Pas étonnant aussi que les étudiants, tout particulièrement les ados testant les limites, se permettent de les frapper et de les humilier.

Mais n’est-ce pas aussi un miroir de la violence et de l’incivisme qui se développent dans l’espace public sans que la société et les autorités ne trouvent réellement de réponses et de mesures adéquates? Il ne s’agit pas de répondre à la violence par la violence au risque de nourrir la spirale infernale. Il faut instaurer des sanctions fortes et immédiates qui recadrent la situation, qui réintroduisent le respect perdu.

 

violence taboue
Selon les statistiques collectées à travers le portail « Marsad », 86 cas de violence ont été enregistrés pour l’année scolaire 2016-2017, dont 47 cas entre les élèves, 19 entre professeurs et élèves (professeur contre élève ou élève contre professeur) et 12 autres cas de violence par des personnes étrangères à l’établissement scolaire. Pour tous les professionnels, ce chiffre serait loin d’être exhaustif. En compilant les rapports des académies et directions provinciales, on parle de 200 à 400 cas. Un nombre à prendre avec précaution puisque tous les cas de violence sont loin d’être signalés. La règle du silence règne en maître sur ce sujet encore tabou.

Sévir mais aussi prévenir
Après les événements de novembre dernier, le ministère de l’Éducation nationale, de la formation professionnelle, de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique avait réagi en publiant un communiqué où il dénonçait ces actes répétés envers le corps des enseignants. Ladite note mettait aussi l’accent sur la nécessité de faire face à la violence en adoptant une démarche à la fois participative, préventive et inclusive. Au programme : multiplier les campagnes de sensibilisation et de prévention, en partenariat avec tous les acteurs dans le domaine, mais aussi renforcer le rôle des conseils d’établissement, des clubs éducatifs, des centres d’écoute et de médiation, ainsi que des centres de veille.

Face à l’importance que ce phénomène prend au Maroc, l’Unesco a également présenté son étude intitulée «Analyse de la situation de la violence en milieu scolaire», qui estime, dans ses conclusions, que la mise en place des cours d’éducation sur les valeurs et la valorisation du statut des enseignants sont les meilleurs moyens de contrecarrer la violence en milieu scolaire.
«L’amélioration du niveau de vie et du salaire de l’enseignant l’aidera à se consacrer davantage à ses élèves et il sera ainsi moins tenté d’organiser des cours de soutien payants», indique le document, ajoutant «qu’une attention particulière devrait être accordée à la promotion des activités parascolaires et au renforcement des centres d’écoute au niveau des établissements scolaires». C’est bien le travail commun des parents et des enseignants qui pourront déminer cette bombe à retardement qu’est la violence entre élèves et professeurs. Hélas cette violence n’est pas la seule qui soit en recrudescence. La violence entre élèves, accompagnée de formes plus ou moins graves de harcèlement, sont également en augmentation.

 

A garder en tête :
Si tout le monde a en tête que «La violence engendre la violence», comme l’a soutenu le poète grec de l’Antiquité Eschyle, on oublie souvent que la violence verbale est aussi la première étape de la violence générale. Aussi, faut-il intervenir dès que des injures ou des menaces sont exprimées.

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