«Sofia» Une histoire poignante mais pas que…

by Mélanie WILMS 0

24h, c’est le temps qui est donné à Sofia pour fournir les papiers du père de l’enfant dont elle vient d’accoucher avec stupeur suite à un déni de grossesse. 20 ans, c’est l’âge qu’à cette jeune fille qui doit ramener chez ses parents un bébé né hors mariage. Premier long-métrage de la réalisatrice Meryem Ben M’Barek, «Sofia», 80 minutes durant, nous emporte entre thriller social et drame familial. Rencontre.

 

 

«J’étais très fière de pouvoir représenter le Maroc à Cannes. C’était merveilleux mais ce que j’attendais avec encore plus d’impatience, c’était la sortie au Maroc. Tout simplement parce que «Sofia» est un film marocain, décrivant une histoire marocaine et qui est donc avant tout destiné au public marocain.»

 

Qu’est-ce qui a motivé le choix de ce sujet difficile?
La thématique des mères célibataires m’a permis de pourvoir au traitement du sujet principal de mon film. Ce que je tenais vraiment à dépeindre, ce sont les fractures sociales au sein de la société marocaine et les rapports de pouvoir existant entre les différentes classes. Plus précisément, je voulais dresser le portrait de cet échiquier sociétal où se créent des rapports d’une injustice criante mais qui n’en demeurent pas moins équilibrants pour la société. Tristement banale, l’histoire de Sofia était pour moi révélatrice de tout un système de fonctionnement. Elle permettait de mettre en lumière ces rapports de force et de pouvoirs présents tant dans la sphère publique que familiale.

L’intrigue se déroule à Casablanca, pourquoi avoir opté pour cette ville?
Tout simplement parce que c’est la capitale économique du Royaume et que c’est vers elle que convergent tous ceux qui veulent se faire une situation. L’argent ayant un rôle à part entière dans le film, il pointe justement la manière avec laquelle les uns pouvent écraser les autres afin d’atteindre un rang supérieur. Tourner à Casa coulait de source.

Pensez-vous que «Sofia» puisse ouvrir le débat?
Je n’ai pas la prétention de pouvoir changer les choses. Ce film, je l’ai conçu comme le simple reflet de mes interrogations de jeune réalisatrice. Je pense d’ailleurs qu’on n’a pas attendu sa sortie pour que les discussions s’ouvrent, autour de la question des mères célibataires. Ce que j’espère par contre, c’est qu’il puisse faire prendre conscience à certains des privilèges dans lesquels ils vivent. Finalement, au cours de l’intrigue, ce qui éclate, c’est que le personnage de Sofia refuse catégoriquement d’endosser son statut de victime car elle sait qu’elle n’a pas le privilège de l’accepter. Le film laisse transparaître une vraie réflexion sur la condition féminine à travers le prisme de l’économique et du social. Si son histoire était arrivée à Lena, les conséquences auraient été radicalement différentes.

Justement, parlez-nous un peu plus de Lena, la cousine à la double culture de Sofia.
Lena est véritablement ma seconde héroïne. Ce personnage, je l’ai construit comme une critique de la bourgeoisie et du regard occidental sur le Maroc. à la fois française et marocaine, elle est aussi issue d’un milieu privilégié. Par moments, son regard d’occidentale doublé par celui de bourgeoise porte un regard empli de candeur et de commisération sur la situation des femmes telle que Sofia. Ce regard-là, je voulais vraiment le mettre à mal. C’est au cours du dénouement, lorsque les choses s’éclairent différemment que Lena perd sa naïveté. C’est à cet instant-là seulement qu’elle peut enfin réaliser toute une série de choses dont elle n’avait pas la moindre idée jusqu’alors. Sofia et Lena apportent un double regard sur cette situation. Ce qui est intéressant, c’est que, selon le milieu auquel on appartient, on a davantage d’empathie pour l’une que pour l’autre.

Quels sont vos projets à court terme?
Ce que je veux vraiment, c’est débuter rapidement l’écriture du mon second film, quitte à écourter mes tournées promotionnelles car l’écriture demande du temps, de l’énergie et donc une hygiène de vie irréprochable. J’ai déjà mon sujet en tête. Il s’agira d’explorer la complexité d’une relation amoureuse dans laquelle sentiments et tourisme sexuel s’entremêlent. Ensuite, ce que je sais c’est que je n’ai pas l’intention de me cantonner à un seul genre. J’ai envie d’explorer plein de choses. Une comédie musicale? Un film d’horreur? Pourquoi pas! Tout dépendra des sujets que j’aurai envie de traiter.

 

Un film déjà primé!     
«Sofia» a reçu le Prix du meilleur scénario à Cannes dans la section “Un Certain Regard” et le prix Le Valois du scénario du Festival Francophone d’Angoulême où il a été nominé 8 fois.

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