Cancer et féminité : Quelle prise en charge?

by Mélanie WILMS 0

Le docteur Imane Kendili, psychiatre, addictologue et sexologue revient sur les piliers de la féminité qui peuvent être mis mal avec le cancer. Outre l’usage d’un maquillage structurant ou de coiffes stylées, la préservation du sentiment de féminité doit passer, pour qu’elle puisse être appréhendée en profondeur, par un véritable accompagnement.

 

 

 

 

 

«Pendant la maladie, la sexualité est une pulsion de survie et de vie et après la maladie, c’est la reprise de la vie et de la qualité de vie»

 

Les effets secondaires des traitements contre le cancer tels que les sourcils qui se dispersent, les cheveux qui tombent, la peau qui démange ou les ongles qui se décolorent, sont immanquablement une atteinte à la féminité. Elle n’en sera que plus dure dans le cas de cancers affectant la symbolique féminine par l’altération des organes génitaux. La perte totale ou partielle d’un sein notamment, organe très érotisé, affectera violemment la patiente à tel point qu’on parle d’«éféminisation», soit une émasculation au féminin. En outre, symbole de maternité, la poitrine met véritablement en jeu l’image et la confiance en soi. Avec délicatesse, le médecin traitant a la charge d’aborder cette problématique, en ce compris une potentielle reconstruction mammaire.

Un accompagnement essentiel  
Confrontées à la maladie et à ses bouleversements, les patientes, de même que leur entourage, éprouvent véritablement une souffrance psychique pouvant se traduire par une anxiété très forte voire conduire à une dépression. Au sein de la cellule familiale, il est primordial de ne pas taire la maladie. Le silence peut, en effet, développer des angoisses chez les enfants. Le partage et le soutien sont très importants. L’accompagnement psychothérapeutique en séance familiale peut être une aide majeure. Quant au couple, il doit être vu et pris en charge comme une seule entité.

Une question primordiale  
La sexualité étant très largement troublée tout au long de la maladie, c’est une question cruciale sur laquelle il est important de pouvoir s’exprimer sans tabou. Médecin traitant, psychiatre ou psychologue spécialisé devront mettre tout en œuvre pour désangoisser et accompagner la patiente sur ce volet à travers une aide médicale, psychologique ou sociale. Notons que les troubles du désir et les dyspareunies, entendez les douleurs lors des rapports, sont notamment des facteurs exacerbés par la chimiothérapie et qu’en cas de prise en charge inadéquate, ces disfonctionnements peuvent persister bien au-delà la maladie. Force est de constater que dans le cadre d’un cancer du sein, 30% des couples seulement peuvent évoquer la sexualité avec un professionnel de santé.

 

Pour aller plus loin…    
«Cancer et sexualité, si on en parlait! De l’adolescence à l’âge adulte» signé par Sébastien Landry se destine à briser le tabou et à délier la parole. S’adressant aux patients adultes et aux adolescents, il tente de les aider à mieux appréhender ce qu’ils traversent en abordant la reconstruction de l’image de son corps, en invitant à renouer avec la séduction, à reconquérir leurs désirs et aussi à savoir gérer les douleurs… en un mot il tente de donner les clés permettant d’avoir une sexualité épanouie.

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