Cancer et maternité : la voie de l’impossible?

by Mélanie WILMS 0

Avec le docteur Omar Sefroui, professeur en gynécologie obstétrique et infertilité du couple, on tente ici de soulever la question de la maternité durant la maladie mais aussi celle de la préservation de la fertilité au cours et suivant cette période difficile.

 

 

 

 

«Bien que la grossesse n’est pas un état fréquemment observé chez les patientes atteintes d’un cancer, ces deux facteurs ne sont pas pour autant antinomiques.»

 

Il convient de préciser qu’aucune étude n’a, jusqu’à présent, constaté que la grossesse est un facteur défavorable sur le pronostic de la maladie. Détecté chez la femme enceinte, le plus souvent au cours du dépistage systématique, le cancer concerne alors le sein ou le col de l’utérus. A l’inverse, certaines patientes peuvent découvrir leur grossesse lorsqu’elles sont déjà en cours de traitement pour un cancer. Un vrai travail de concertation doit dès lors avoir lieu entre les différents spécialistes (cancérologue, oncologue, chirurgien, obstétricien) qui pourront conjointement mener à bien le traitement de la maladie et la grossesse. A noter que cette équipe pluridisciplinaire aura à cœur de s’adresser au couple comme entité et de l’informer au mieux pour toutes décisions à prendre quant à la mise en place d’interventions et de traitements éventuels ainsi que de la poursuite de la grossesse.
Une prise en charge au cas par cas
A l’établissement du pronostic de la maladie, cette question de la poursuite de la grossesse devra immanquablement être posée. Le caractère de l’urgence des traitements administrés et leurs degrés de toxicité pour le fœtus étant déterminants. En effet, si les actes de chirurgie n’entravent pas la grossesse, les impacts des traitements – chimiothérapie, radiothérapie- peuvent eux avoir des impacts très négatifs sur le fœtus notamment en termes de problèmes neurologiques ou de malformations. Face à l’imminence de la prise d’un traitement lourd, si la grossesse en est à ses débuts, son interruption médicale peut être jugée préférable. A contrario, si la maturité du fœtus est proche et que le pronostic permet d’attendre quelque peu, il est alors possible de programmer un accouchement prématuré. Enfin, si le cancer est éloigné de la zone utérine, il est tout à fait envisageable, en cas de radiothérapie, d’utiliser un cache permettant de moduler l’irradiation venant du faisceau et d’ainsi protéger le fœtus.

Une qualité de vie à sauvegarder
Face au cancer, l’absolue résolution de l’éradiquer aussitôt fait parfois perdre de vue, autant au corps médical qu’au couple, les conséquences de l’usage de certains traitements en termes d’infertilité qui sont sans appel. La toxicité des produits altérant irrémédiablement la réserve ovarienne, il est dès lors fortement conseillé par les gynécologues, si cela est envisageable, de postposer de quelques semaines le début du protocole de soin. Et ce, afin que la patiente puisse suivre un traitement hormonal lui permettant, à l’instar d’une fécondation in vitro, de pratiquer un prélèvement des ovocytes. En cas d’insuffisance ovarienne faisant suite à son traitement, la patiente pourra alors avoir recours aux ovocytes prélevés afin d’avoir un enfant.

 

Et après…   
Si le traitement du cancer peut avoir un impact sur la grossesse, il en est de même pour l’allaitement. Si la radiothérapie ne pose pas de souci, la chimiothérapie doit, quant à elle, être envisagée au cas par cas. Certains produits à haute toxicité étant capables de traverser la barrière mammaire, c’est-à-dire le lait maternel, une concertation entre oncologue et gynécologue sera une nouvelle fois de mise.

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