L’égalité dans le monde du travail, une réelle opportunité?

by Mélanie WILMS 0

Parce qu’en termes d’évolution du monde du travail et d’intégration de la femme dans ses différentes strates, il n’est pas de meilleure conseillère qu’une femme qui a elle-même gravi les échelons, nous sommes allés à la rencontre de Meryem Kabbaj, première femme à avoir été nommée au directoire d’une banque marocaine, la BMCI, et qui est aujourd’hui à la tête de sa propre entreprise, AXXAM Family Office.

 

 

 

«A mon sens, la mixité en entreprise est vraiment enrichissante car plus on dispose d’expériences différentes et de parcours variés, plus l’entreprise peut profiter des spécificités de chacun. La mixité doit donc dépasser la question du genre.»

 

Que dire aujourd’hui de cette égalité homme-femme qui, depuis des années, semble réclamée au sein de l’entreprise?   
La première chose que je souhaite souligner est que, dans le monde professionnel, il n’est pas nécessaire de forcer le trait sur cette nécessité d’égalité entre l’homme et la femme. Je pense en effet qu’il est beaucoup plus constructif d’évoquer la complémentarité des genres. L’homme ainsi que la femme ont des qualités qui leur sont propres et qui peuvent leur permettre de s’épanouir davantage dans telle ou telle activité ou domaine de compétence.

Comment évaluez-vous l’intégration de la femme dans le monde professionnel?
A la fin de mes études, j’ai débuté ma carrière en tant que salariée et j’ai évolué dans l’industrie bancaire durant 27 ans. Au départ, il est vrai que mes interlocuteurs étaient essentiellement des hommes. Toutefois, je n’ai jamais rencontré de problèmes majeurs. Ils peuvent par moment se montrer réticents mais dès que votre sérieux, votre rigueur et vos compétences sont démontrées, une réelle reconnaissance s’installe. Personnellement j’ai eu la chance d’intégrer un groupe soucieux de valoriser les profils féminins et d’instaurer un milieu favorable à leur évolution professionnelle. Je voudrais d’ailleurs rendre hommage à monsieur Laurent Dupuch, président du directoire de la BMCI qui a œuvré activement à l’intégration de femmes dans toutes les strates de la banque, convaincu que la mixité est essentielle à l’équilibre de l’entreprise. C’est ainsi qu’en 2015, je suis devenue la première femme marocaine à avoir été nommée au directoire d’une banque.

Quels sont, selon vous, les mesures à instaurer ou au contraire à éviter en termes d’approche genre dans le monde du travail?
Mon avis est que plus qu’une question de genre, tout est question de posture. Je suis contre la compétition qui tend parfois à s’instaurer et je suis encore plus contre le principe des quotas. J’estime en effet qu’une femme doit occuper son poste au vu de ses compétences et non parce qu’elle est une femme. Je note également que le monde du travail a progressivement changé et que si, par le passé, il s’avérait parfois difficile d’évoluer en tant que femme, aujourd’hui l’intégration en entreprise est devenue plus naturelle. Il demeure cependant plus facile d’établir une relation spontanée ou de proximité entre femmes ou entre hommes. C’est une question d’entente naturelle mais trouver sa place n’a rien d’impossible, il s’agit aussi d’une question de persévérance et d’engagement.
Je suis convaincue que les femmes accéderont de plus en plus à des postes de pouvoir, ce n’est qu’une question de temps. Aujourd’hui, il revient aux femmes de faire leurs preuves et elles ont, selon moi, toutes les compétences et les capacités pour le faire. C’est d’ailleurs déjà le cas dans de nombreuses institutions au Maroc. Je suis confiante dans l’évolution du pays car la femme marocaine est capable de mettre ses tripes dans son travail. Elle s’implique et s’engage durablement pour le bon développement de son entreprise.

Quels sont vos impressions de femme-dirigeante?
J’ai supervisé beaucoup de personnes et j’avais une relation très forte avec mes équipes.
Mon autorité n’a jamais été remise en cause mais encore une fois, tout est question de posture et d’exemplarité. L’une des spécificités de la femme-dirigeante est qu’on attend d’elle beaucoup plus d’empathie que de la part d’un homme. Reste ensuite à trouver le bon équilibre entre l’empathie et la fermeté afin que l’équipe soit réellement épanouie. Pour moi, la qualité des relations humaines a toujours été un facteur important. J’ai d’ailleurs été très touchée par la réaction de mes équipes lors de mon départ car ils ont conclu nos années de collaboration par un moment empli de bonnes humeurs et d’émotions.

 

un parcours à saluer…
Si Meryem Kabbaj fait carrière dans la banque par accident. Elle y a passé de nombreuses années et a pu y déployer ses envies d’innovation. Souhaitant initialement monter sa propre entreprise, son passage par la banque devait lui permettre de connaître les rouages l’économie. Elle débute sa carrière à la BCM (Banque Commerciale du Maroc) où elle est alors en charge des crédits à l’investissement. Cinq ans plus tard, elle rejoint le groupe BNP Paribas où elle s’essaie à l’intrapreneuriat. Elle monte deux nouvelles activités en partant de zéro. En 1996, elle créée la filiale de gestion d’actifs à la BMCI et en 2008, elle lance le privatebanking. La BMCI a été pionnière dans ce domaine d’activité au Maroc. Expérience des plus enrichissantes, elle y reste 10 ans. A deux reprises, les activités développées sont nouvelles, à la fois sur le marché et au niveau de la banque. Au sommet de sa carrière, son besoin d’entreprendre la titille pourtant à nouveau. C’est ainsi qu’à 50 ans, elle se lance le défi d’amorcer un nouveau métier au Maroc. En créant AXXAM Family Office, elle a en effet l’ambition de développer le premier multi family office au Maroc.

Leave a Reply

Your email address will not be published.

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>